Reprenons le pouvoir aux actionnaires !

Bas les masques, les criminels !

Avec la pandémie, le pays tout entier découvre la pénurie abyssale de masques indispensables pour se protéger. Sur les aéroports chinois, les clients se livrent à des batailles effrénées pour obtenir à prix d’or les cargaisons de masques

. Après avoir nié la pénurie , le gouvernement Macron-Philippe prétend qu’il était impossible de prévoir le besoin en masques. Faux ! La pénurie résulte de choix politiques délibérés.

En 2018, les salarié.e.s de l’usine de fabrication de masques à Plaintel (22) avec leurs sections syndicales CGT et CFDT se battent pour le maintien du site de production industrielle et en appellent au Président de la République et à son ministre de l’économie qui ne daigneront pas leur répondre. L’usine ferme, les salarié·es sont licencié·es , les machines sont envoyées à la casse.

L’histoire de cette usine est typique de l’évolution du capitalisme :

De l’artisanat à la mondialisation financiarisée .

L’entreprise artisanale familiale (Giffard) de fabrication de chapeaux installée à Saint Brieuc passe au masque respiratoire dans les années 60. La demande d’EPI (Équipements de Protection Individuels : règlements de sécurité au travail oblige) étant forte, l’usine déménage à Plaintel (années 80) et se modernise :

« Toujours plus gros » : la firme est rachetée par des groupes concentrés successifs (Blison, Dalloz, Bacou-Dalloz) et internationalisés (48 sites en Europe et Afrique pour bénéficier d’économies d’échelle et ventes dans le monde entier.

Devant l’alerte de la grippe aviaire en 2005, l’État, responsable, signe un contrat de 5 ans avec la firme, assurant des commandes de plus de 180 millions de masques / an et un calendrier précis). C’est l’âge d’or des investissements et des embauches, jusqu’à 300 salarié·es : « on avait 8 machines, dont 5 supplémentaires et on travaillait 24h/24, 7j/7 »

L’alerte passée, l’État (les gouvernements successifs) s’est désengagé avec une chute des commandes et le non-renouvellement des stocks périmés.

Le groupe US Honeywell rachète le groupe et les ennuis commencent : pour assurer une rente aux actionnaires (+ 9 % pour les dividendes), sont mis en œuvre divers plans de licenciements et délocalisation en Tunisie, management « moderne » : aucun investissement, aucune R et D, « lean management » (ou usine maigre), zéro-stock, donc zéro-commandes. Ce conglomérat visait d’autres marchés plus rentables (aérospatiale, domotique, services aux communes …) et avait, dès le départ, programmé sa fermeture : « on était des pions dans un jeu de Monopoly ».

Le 26 mars 2020, dans un communiqué, l’Union syndicale Solidaires 22 dénonce publiquement le scandale d’Etat que représente la fermeture de l’usine Honeywell qui, a largement bénéficié des aides de l’Etat pour financer les 8 plans sociaux lui permettant de se débarrasser de plusieurs centaines de salariés.

Aujourd’hui plusieurs ancien·es salarié·es plaident pour que l’usine reprenne du service à travers une Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Une intersyndicale Solidaires-CGT-FSU soutient les salarié.e.s et en appelle au préfet pour organiser une table ronde mettant en présence tous les acteurs possibles de la SCIC (Etat, Collectivités territoriales, salarié.e.s).

Prenons nos affaires en main ici et maintenant !

Ce combat mené par les ancien·nes salarié·es et l’intersyndicale des Côtes d’Armor s’inscrit dans l’ensemble des actions menées par les salarié·es et les citoyen·nes de ce pays qui s’auto-organisent pour faire face à la pire crise sanitaire depuis un siècle. Cette pandémie nous montre une chose : ce système capitaliste n’est pas capable de faire face à une demande rapide de matériel, de produits sanitaires.
L’intervention des citoyen·nes, des salarié.es est nécessaire pour mettre en œuvre des productions socialement utiles .

Pour briser les chaînes mondialisées de production, les entreprises situées en France et susceptibles de produire des médicaments et matériels sanitaires doivent faire l’objet de réquisition et de réorientation relocalisée de leurs productions sur des modèles publics et coopératifs.

Aux salarié·es et aux citoyen·nes de décider des choix productifs !

Interview de Serge Le Quéau, militant d'Attac
et de l'Union syndicale Solidaires des Côtes d'Armor, sur ce projet

https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/face-a-la-penurie-de-masques-un-projet-de-cooperative-de-production

Pour en savoir plus:

Article de M Blin sur le site d’Ensemble 22 

http://www.ensemble22.org/blog/nouvelles-locales/une-histoire-banale-l-usine-de-masques-honeywell-a-plaintel.html

 

Cet article a été rédigé par Michel Blin pour la Lettre des collectifs d'Ensemble! (lettre n°1 à paraitre le 24 avril 2020)

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