3- Développer une agriculture et une pêche respectueuse de nos ressources et des hommes

pour un accès de tous à une alimentation saine et une véritable souveraineté alimentaire

Agriculture, pêche, agroalimentaire, ces secteurs sont des piliers de la production en Bretagne, secteurs essentiels puisqu'il s'agit ni plus, ni moins, de l'alimentation de toutes et tous.

Accéder à une alimentation saine et diverse est un enjeu de santé publique. Comme l'eau nous devrions considérer l'alimentation comme un bien commun, et pour cela permettre à chaque pays d'accéder à la souveraineté alimentaire dans le respect des ressources naturelles, des sols, de la biodiversité et des écosystèmes, mais aussi des femmes et des hommes qui en assurent la production. Comment accepter au 21eme siècle que des enfants, des femmes et des hommes meurent de faim ou souffrent de malnutrition alors que nos ressources et nos techniques permettent de nourrir l'ensemble de la population de la planète? Continuer à accepter les règles de la mondialisation capitaliste dans ce domaine est criminel.

Nous sommes loin du compte. Le modèle productiviste concurrentiel est à l'origine des crises qui secouent le monde agricole et le secteur de l'agroalimentaire en Bretagne et porte gravement atteinte à notre environnement (pollution des eaux et de l'air, algues vertes, diffusion de molécules chimiques dangereuses) . Notre région est championne de la production agricole de masse. Engagée dans l'engrenage d'un élevage industriel de plus en plus coûteux en énergies fossiles et en alimentation animale concentrée (notamment en soja importé d'Amérique via les grands ports - importations d'aliment pour bétail qui contribuent largement à détruire les cultures vivrières des pays producteurs et appauvrissent encore plus leurs paysans -), la Bretagne a opté pour la spécialisation intensive. Elle produit 60% des porcs élevés en France, un tiers des volailles, et 40% des oeufs.

L'agrolimentaire suit les mêmes options. La spécialisation sur des produits à faible valeur ajoutée, qui consiste à privilégier les volumes dans le bas et moyenne gamme a permis d'assurer des débouchés mais a contribué à créer une forte dépendance à la grande distribution et aux exportations. Pour faire face aux exigences de cette grande distribution, s'est ensuite développée une stratégie de concentration industrielle ( Lactalis, CECAB, Triskalia,...) sans modernisation de l'outil industriel ; stratégie de concentration où une coopération agricole dévoyée est trop souvent en pointe . Ces coopératives n'en ont plus que le nom. Les adhérents ont délégué leur pouvoir à des dirigeants qui se comportent comme des actionnaires de multinationales en organisant le rachat de coopératives concurrentes, voire de filiales capitalistiques, parfois en fermant les petites unités de production. Xavier Beulin défenseur de ce modèle de concentration industrielle et d'extension des exploitations agricoles, actuel dirigeant de la FNSEA en est l'exemple le plus caricatural : il contrôle le groupe Sofiprotéol et sa filiale Glon Sanders (alimentation du bétail), préside le Ceser de la région Centre, a ses antennes dans toutes les chambres d'agriculture, et tous les lieux stratégiques jusqu'au port de la Rochelle, 2eme exportateur de céréales. Le mélange des genres n'étrangle pas le bonhomme...

Les gains de productivité obtenus grâce à l'agrochimie et à l'extension des exploitations (qui provoquent un fort endettement des agriculteurs, et constitue un désastre écologique), grâce à la surexploitation des salariés dans le domaine de l'agroalimentaire (généralisation des horaires décalés, augmentation des cadences, recours important aux salariés intérimaires ou saisonniers, voire aux travailleurs détachés) ont fonctionné mais atteignent aujourd'hui leurs limites.

La machine a commencé à s'enrayer depuis plusieurs années avec la concurrence exacerbée sur les marchés émergents, la fin des restitutions européennes à l'exportation, la fin des dérogations concernant les directives sur le bien-être animal. Plutôt que d'inverser la tendance, l'agrobusiness obtient de nouvelles autorisations pour des élevages de porc de plus en plus importants, tente de développer le modèle des fermes de mille vaches. L’Allemagne, le Danemark, les Pays Bas se sont engagés dans cette voie et l'essentiel de leur production est désormais organisé en fermes usines. Autrefois 2eme exportateur mondial de produits agroalimentaires, la France est aujourd’hui 5eme derrière les USA, les Pays Bas, l'Allemagne, le Brésil.

Exigés par l'OMC, la fin des quotas laitiers, et le développement d'un système de fixation des prix de plus en plus dépendant de la fluctuation des cours mondiaux, fragilisent notre agriculture. Cette mise en concurrence sera de plus en plus exacerbée avec l'harmonisation vers le bas des droits de douane et des normes sanitaires et environnementales si le TAFTA est adopté.

A un moment où, face à la crise généralisée de la plupart des filières agricoles les lobbys libéraux et de l'agro-industrie n'ont d'autre réponse que d'exiger toujours plus de dérégulation (allègements de « charges » sociales et fiscales, abaissement des normes réglementaires et environnementales, relance de la course à la concentration des élevages...) l'urgence d'une autre politique agricole s'impose plus que que jamais ; une politique agricole en rupture avec le modèle productiviste et libéral, soutenant résolument une agriculture paysanne et basée sur les principes de souveraineté alimentaire et de coopération internationale :

- élevage lié au sol,

- maîtrise des productions et régulation dynamique à l'échelle européenne,

- partage des droits à produire,

- prix garantis et rémunérateurs permettant aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail,

- soutien clair aux pratiques agricoles respectueuses de l'environnement, priorité des aides publiques aux agriculteurs qui s'engagent dans la reconversion de leur exploitation

- agir au plan régional avec les salariés, les agriculteurs et les consommateurs, pour l'élaboration d'un plan de transition des entreprises agroalimentaires vers une alimentation de qualité et sans casse sociale

- aménagement équilibré du territoire contre le risque de désertification des territoires ruraux.

Il s'agit bien d'un véritable choix de société.

Pour un pêche durable

La France est aujourd’hui le 4e producteur européen de produits de la pêche, derrière l’Espagne, le Danemark et le Royaume-Uni. A l'échelle de l'Hexagone, la pêche représente globalement peu en termes d'activé économique et d'emplois; pour autant, à l'échelle d'une région littorale comme la Bretagne, elle participe d'un développement local qui est et sera durement percuté par les évolutions de la politique des pêches.

Les 22 ports et criées de la Région produisent 50 % des apports de la pêche fraîche française. Au total, ce sont des milliers d'emplois qui sont générés par la filière : pêche et activités connexes (conchyliculture, aquaculture, algues...), mareyage, transformation, industrie, services, construction et la réparation navale.

Pourtant, la production française de produits aquatiques (pêche et élevage) ne couvre qu’un tiers des besoins intérieurs (importations de l'ordre d'1 million de tonnes de produits de la mer) même si le pays reste exportateur sur certaines espèces

Les hommes et/ou le poisson

La politique des pêches renvoie au débat sur les concepts de développement, de croissance et de décroissance, car s'il y a bien un domaine où il ne peut pas y avoir de « croissance », c'est bien celui de la pêche, caractérisé par les limites intrinsèques du milieu.

Il y a nécessité de déplacer l'axe du débat tel qu'il est posé aujourd'hui et qui est centré sur une vision purement environnementaliste de la protection des ressources halieutiques au lieu de poser la question de savoir comment on va gérer collectivement et partager une ressource limitée. Si le débat public en reste à cette vision, au risque de la mise en œuvre de politiques publiques antisociales, c'est qu'il est dominé par de puissantes organisations environnementalistes qui imposent un point de vue univoque.

Les pêches mondiales sont en crise, et la vision dominante se résume à la mise en cause de la surpêche. Mais l'urgence écologique ne doit pas se faire sans prise en compte de l'urgence sociale. Nier la question sociale, c'est rejoindre les options libérales comme celles qui sont portées par l'Union Européenne qui veut diminuer par 2 ou 3 le nombre de bateaux et de pêcheurs en Europe.

Cela se traduit dans les orientations de la Politique Commune des Pêches : mise en place de réserves intégrales, ce qui ne résoudra aucunement la question de la protection de la ressource: L'effort de pêche se déplace vers d'autres zones, comme c'est déjà le cas là de telles réserves ont été créées ; instauration de Quotas Individuels Transférables (QIT) qui ouvrent la voie à un marché des droits de pêche et à la concentration des armements. Derrière les discours de culpabilisation et de dénonciation des pêcheurs se cachent de fait des logiques de privatisation des ressources et des espaces maritimes.

En matière de politique des pêches, la privatisation n'est rien d'autre que la rentabilisation des outils, c'est à dire la concentration de la rente entre les mains de gros armements. Tendance d'autant plus lourde que le coût de construction ou d'acquisition des navires et des outils de production est très élevé et de moins en moins accessible aux pêcheurs artisans, les aides publiques au renouvellement des flottilles ayant disparu.

Des défis à relever

D'autres causes que la surpêche pèsent sur l'état de la ressource: effets des changements climatiques; pollutions d'origine terrestre des eaux côtières (baie de Seine, mer du Nord, Baltique...); destruction des milieux littoraux (mangroves, marais et vasières) qui alimentaient la productivité de la mer par la production de plancton et comme lieu de reproduction des poissons.

Le secteur des produits de la mer rapporte à des entreprises de transformation extrêmement puissantes et qui veulent accéder à une matière première la moins chère possible pour alimenter un marché mondialisé en produits finis. En Europe pourtant, les prix du poisson à la production restent bas alors qu'on est en situation de pénurie relative. Cela s'explique par les importations des produits en provenance de pays à « bas coûts » mais aussi par l'explosion au niveau mondial d'une aquaculture industrielle destructrice des équilibres écologiques ;

Loin des visions « technicistes » de la gestion de la politique des pêches prônée par les libéraux et les écolo-libéraux, il faut affirmer la pleine capacité des communautés de pêche artisanale (qui ne se réduit pas à la petite pêche côtière) à participer aux choix qui conditionnent leur devenir.

  • C'est pourquoi nous proposons que les outils portuaires soient gérés dans le cadre de Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) associant les Collectivités publiques et les acteurs locaux de la filière pêche

De moins en moins de jeunes veulent s'embarquer à la pêche dans les populations littorales. Au dela de causes strictement économiques, ce phénomène traduit une vraie rupture culturelle avec un mode de vie qui ne correspond plus avec les logiques et les modèles dominants.

Cette situation impose une action résolue de la Région pour rendre au métier une attractivité nouvelle :

  • agir pour remettre les hommes au centre de l'activité (formation, statut du marin, sécurité des conditions de travail)

  • soutenir prioritairement la pêche artisanale et la modernisation de sa flottille (conditions de vie à bord, économies d'énergie)

  • préserver la ressource et associer les pêcheurs à sa gestion en favorisant le repos biologique et le recours à des engins de pêches plus sélectifs et moins consommateurs d’énergie

  • développer une politique hardie de reconquête de la qualité des eaux littorales

  • s'opposer à la pêche minotière et spéculative

  • création d'une commission d'experts citoyens (professionnels/scientifiques) pour valoriser les produits de la mer et encourager la consommation du poisson pêché localement dans les collectivités : école, hôpitaux, maison de retraite…

  • création de pôle d'excellence pêche

  • création d'un fonds d'investissement à l'innovation

  • mettre en œuvre une politique de labellisation de produits de qualité

  • développer des nouvelles activités innovantes, la valorisation des invendus, la transformation des déchets en produits d'assolement, l'exploitation de certaines catégories d'algues

  • partage de bateaux côtiers

  • récupération des flottes cédés à Intermarché ou autres géants de la distribution

​Il faut donc renverser la table. Les plans gouvernementaux qui se suivent et se ressemblent ne s'attaquent pas aux racines du système. Du local au global, il faut se réapproprier les décisions, faire de la coopération le principe qui guide nos choix de production en matière d'agriculture, de pêche et d'agroalimentaire. Pour cela l'appropriation sociale des moyens de production, la planification définie dans un processus associant tous les niveaux du local au national et au mondial, sont les moyens qui nous permettront de garantir pour toutes et tous une alimentation saine et diverse, aux agriculteurs de vivre de leur travail, à chaque pays d'accéder à la souveraineté alimentaire, dans le respect de l'environnement.

C'est dans cette visée que devrait se définir l'action de nos élus au conseil régional. Si elle-ci reste limitée, notamment au choix des aides aux entreprises, elle privilégiera tout ce qui contribue à la relocalisation des activités, aux circuits courts et locaux, à l'agriculture biologique, et à la reconversion des exploitations, à l'agroalimentaire de qualité, aux coopératives dignes de ce nom, et à la réappropriation des outils de production par les salariés.

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