Notre-Dame-des-Landes : l’envolée chiffrée

Un rapport de la Direction de l’aviation civile exagère le coût de l’extension de l’aéroport de Nantes.
Trop cher, trop bruyant ! Selon deux rapports de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) remis fin novembre, la mise à niveau de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique coûterait 825 millions d’euros. Quant au bruit généré par l’augmentation du trafic, il « obligerait à bloquer de nombreux projets ». Du pain bénit pour les élus de Nantes métropole, qui se hâtent de constater « l’impossibilité de conserver l’aéroport actuel » et « la nécessité de son transfert » à Notre-Dame-des-Landes. Mais, dans la bataille farouche qu’ils mènent contre le projet de nouvel aéroport, les opposants ont appris à manier les chiffres. Accompagnés du bureau d’études indépendant Adecs (Pays-Bas) et de professionnels de l’aérien, ils dénoncent le parti pris de la DGAC.

Le chiffrage du maintien de Nantes-Atlantique était curieusement absent du dossier Notre-Dame-des-Landes : ce sont les opposants qui l’ont exigé au sein de la « commission du dialogue » que leur a concédée le gouvernement. Et il fait tiquer à plus d’un titre, surpassant de très loin la facture de travaux similaires réalisés en France. Nouveauté : surgit le « besoin » d’allonger la piste à 3 600 mètres pour accueillir des Airbus A380, dont il n’est même pas question dans le projet Notre-Dame-des-Landes. Et les comparaisons tentées par les partisans de ce dernier sombrent dans la manipulation. La facture estimée pour le transfert – 556 millions d’euros – est déjà douteuse d’optimisme, mais surtout elle concerne une « première phase » fondée sur un trafic annuel de 4 millions de passagers, quand le calcul de la DGAC pour la rénovation de Nantes-Atlantique concerne 9 millions de passagers à horizon 2060 ! De généreuses hypothèses d’expansion du trafic régulièrement démenties par le passé.

Il en va de même pour le plan d’exposition au bruit. Dans une lettre au ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, le Collectif d’élu-e-s doutant de la pertinence de l’aéroport (Cédpa) confond la DGAC sur ses prévisions, rappelant celles établies en 2004 pour 2010 : 75 000 mouvements d’avions (contre 47 800 comptés en 2012) et une carte de nuisances sonores deux fois plus étendue que celle calculée par Adecs à partir des mouvements réels. La Cédpa proteste : « Comment pouvons-nous croire un instant à la véracité des hypothèses que la DGAC a choisies pour 2030 ? » Toutes fortement majorées dans le sens pessimiste, explique Adecs. « Nous pensons qu’elles servent à justifier le projet de transfert, exactement comme la commission du dialogue avait pour mission de valider le projet », conclut le Cédpa, alors que la préfecture de Loire-Atlantique a déclaré close la concertation, validant de facto l’expertise de la DGAC.

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