Ne me parlez pas de Grenoble !

AgoravoxOn se souvient du sketch de Fernand Raynaud, dans lequel l’ex-comique jouait sur la confusion générée par le mot « taule », pour nous proposer un moment hilarant, qui mettait en scène un truand grenoblois. lien
Mais la capitale iséroise est aujourd’hui au devant de la scène pour d’autres raison puisque lors des municipales une liste écologiste indépendante est arrivée en tête semant le désarroi dans le paysage politique grenoblois.

Alors que les médias traditionnels dans leur ensemble privilégient d’évoquer le succès du FN et la débâcle socialiste, un évènement pourtant significatif a été relativement passé sous silence.

A l’opposé des autres candidats EELV qui le plus souvent se présentaient avec le PS, les écolos grenoblois ont joué l’indépendance, en faisant alliance avec le Front de Gauche, ce qui leur a permis d’arriver en tête avec près de 30 % des voix, devançant le candidat PS qui dépassait tout juste les 25%, l’UMP ne totalisant qu’une vingtaine de pour cents, alors que le FN faisait 12,56% des voix. lien
Grenoble a souvent été le cadre d’élections cocasses, et on se souvient comment Alain Carignon y avait défrayé la chronique, impliqué dans de vilaines affaires de corruption, écopant en 1995 de 3 ans de prison ferme, 400 000 francs d’amende et à 5 ans d’inéligibilité. lien

Cette affaire avait été rendu possible grâce à la pugnacité de Raymond Avrillier, militant écologiste, et c’est aussi lui qui a récemment révélé un contrat passé entre Sarközi et la société Publifact, spécialiste en sondages, gérée par un certain Patrick Buisson.
Les sondages, passés sans appel d’offre, commandés à prix d’or, (9,4 millions d’euros) portaient sur des questions relatives par exemple à DSK, Marine Le Pen ou des élus écologistes, et selon Avrillier, certaines études relèvent du «  financement par une personne morale de la campagne électorale de Nicolas Sarközi  », ce qui est un délit puni par la loi. lien

Ce même Avrillier fait parti de l’association Anticor, laquelle, en début janvier 2013, avait écrit à la Cour des Comptes, évoquant au sujet du projet Lyon-Turin « pratiques douteuses et comptes insincères  » (lien) et il se trouve en dernière position sur la liste du candidat écologiste grenoblois. lien

Anticor avait d’autre part dénoncé que le directeur général de la société Lyon-Turin Ferroviaire SAS jusqu’en 2011 avait été condamné à 8 mois de prison pour « trucage d’appel d’offre  ».

Mais revenons aux municipales.

Une fois de plus, les sondeurs se sont plantés, n’envisageant pas un tel score pour la liste verte « Grenoble, une ville pour tous  ».

En effet, un sondage publié le 6 mars donnait Jérôme Safar, le candidat PS largement en tête avec 34% des voix, ne laissant à Eric Piolle et sa liste écologiste que 26%. lien

C’est quasi le contraire qui s’est passé.

Cet écolo qui a créé la surprise en arrivant en tête au premier tour s’appelle Eric Piolle, et il faut rappeler que, depuis 2008, les élus écologistes siégeaient dans l’opposition, le maire sortant Michel Destot, socialiste, ayant gagné sa place en 2008, lors d’une triangulaire qui l’opposait déjà aux écolos, et à l’UMP, avec un score de 48,1%.

Cette victoire de dimanche dernier a donc un parfum de revanche, mais pourtant, Eric Piolle, sans rancune, a appelé le candidat socialiste à le rejoindre pour gagner le second tour, lequel, un peu amer, n’a pas répondu favorablement à l’invitation, prenant par dépit le risque de faire gagner la droite. lien

En tout cas, au moment ou les français souhaitent, à une bonne majorité, que les écologistes quittent le gouvernement (lien), tout comme Eva Joly reprochant à Hollande d’avoir « rompu le pacte » et de faire une « politique libérale », (lien) les autres listes écologistes qui ont fait alliance avec le PS pourraient en tirer les conclusions qui s’imposent.

En effet, la transition énergétique se fait attendre, (lien) la fermeture de Fessenheim aussi, et au lieu de continuer d’avaler des couleuvres, les alliés écologistes du gouvernement devraient s’interroger sur l’intérêt à rester dans ce gouvernement. lien

Au-delà de ce joli score vert en Isère, d’autres surprises ont été, elles aussi, passées sous silence.

Les médias traditionnels ressassent inlassablement « le succès du FN », passant sous silence celui d'un autre parti… le Front de Gauche.

Et pourtant, ceux qui se sont présentés au nom de ce parti n’ont pas à rougir de leur prestation.

Comme le fait remarquer Jean Louis Charpal dans un commentaire publié dans les colonnes de « Marianne  » : le Front de Gauche a fait beaucoup mieux que le Front National à plusieurs titres. lien

Alors que le FN s’est flatté d’avoir déposé un nombre record de listes (594), le FdG en a proposé plus de 600lien

Alors que le FN s’est félicité d’avoir un nombre record d’élus au premier tour (473), le FdG en revendique plus de 2000lien

Alors que tout le monde s’extasie que le FN ait gagné une ville au 1er tour (Hénin-Beaumont), le FdG en a gagné 67 au premier tour, et il faut citer le cas de Grabels, ou le FdG avec 49,97% de voix, est passé à un cheveux de l’élection dès le premier tour. lien

On peut aller plus loin dans l’analyse, car le résultat moyen des scores du FdG est de 11,42%, 308 candidats de leur liste dépassent les 10 %...alors que le FN ne dépasse le seuil de ces 10 % que dans 316 villes.

Encore mieux, le FdG, lorsqu’il s’est allié avec EELV, soit dans 82 communes, a recueilli en moyenne 15,32%, bien plus que les résultats obtenus par le FN.

Ces scores étonnants ont été rarement évoqués dans la soirée électorale, ni le lendemain, ni les jours qui ont suivi, et on peut légitimement s’étonner du silence des médias traditionnels sur ce succès incontestable.

Mais avec 38%, c’est bien l’abstention qui est le grand vainqueur de cette élection.

En effet, si par exemple, à Bordeaux, Juppé a été réélu dès le 1er tour, avec 56,62% des voix, soit 46 087 votants, on comptait 38,3% d’abstention dans la capitale d’Aquitaine, soit 51240 bordelais qui ont préféré partir à la pèche…Ajoutons que 34807 électeurs se sont donc opposés à Alain Juppé. lien

Au total ce sont donc 86 047 qui n’ont pas voté Juppé, démontrant que le résultat est finalement mitigé, et l’élu, avec ses 46 087 voix fait somme toute pale figure, puisqu’il a obtenu moins de 35% de suffrages.

Ce que les médias traditionnelles ont aussi largement passé sous silence, c’est la prime qui a été offerte aux anciens corrompus…condamnés par la justice, ou au cœur d’une enquête, Alain Juppé étant du nombre, mais aussi Patrick Balkany, André Santini, Jean Pierre Bechter, ex bras droit de Serge Dassault, soupçonnés dans plusieurs affaires en cours, Maryse Joissains, accusée d’avoir bénéficié d’emplois fictifs, Brigitte Barèges, visée dans une enquête préliminaire portant sur un éventuel détournement de fond..etc.

Ils sont au nombre de 26 maires de villes de plus de 10 000 habitants à avoir été inquiétés par la justice, ce qui ne leur a pas empêché d’être réélus, ou en passe de l’être.

Avec un humour cynique, Balkany a commenté : « si on investit que ceux qui n’ont pas été condamnés par la justice, on n’a plus de candidats dans les Hauts-de-Seine », Jean-Noël Guérini, qui vient d’être remis en examen, (lien) a pourtant ajouté : « il y 57 élus socialistes, maires de grandes villes, parlementaires ou présidents de conseils généraux, qui ont été mis en examen ou condamné et qui continuent à occuper d’éminentes fonctions ». lien

Ce qui a fait écrire à Philippe Pascot « plus tu es un truand, plus tu as de chances d’être réélu », (lien) dans son livre « délit d’élus  », coécrit avec Graziella Riou Harchoui, dont le tome 1 vient de paraitre aux éditions Maxmilo, ouvrage dans lequel il dénombre près de 400 politiques aux prises avec la justice. lien

Pourtant le nouveau président, avec les pouvoirs qui sont les siens, fort de sa majorité dans les 2 chambres, ne devrait pas avoir trop de difficultés à promulguer une loi qui ne permette plus à un élu déjà condamné de se représenter devant les citoyens…ce qui ne semble pas à l’ordre du jour.

Quant au « pacte républicain », il a du plomb dans l’aile, puisque du coté de l’UMP, on est passé du ni-ni à l’alliance avec le FN, comme à l’Hôpital en Moselle, ou à Villeneuve-st-Georges (Val de Marne) (lien) et que même au PS, certains n’ont pas joué le jeu…dans l’Hérault, le socialiste Jean-Michel du Piaa, porté par "une forte envie de Béziers", a refusé d’appliquer le pacte républicain et, en se maintenant, permettra probablement la victoire de Robert Ménard, soutenu par le FN. lien

A la suite de ce premier tour, la droite réclame le départ du premier ministre, mais ne serait-il pas plus logique de demander à François Hollande de respecter la parole donnée lors du meeting du Bourget  ?

Pas étonnant dés lors, qu’entre les promesses présidentielles non tenues, et le dilemme de voter pour le « moins pire », les français, en grand nombre, préféreront aller à la pêche dimanche plutôt que de choisir un candidat.

Comme dit mon vieil ami africain : « c’est pendant que le vieux seau est encore là, qu’il faut en fabriquer un neuf. »

L’image illustrant l’article vient de « quoi.info »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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