Plan Climat Territorial: des propositions

Consultation Agglo 2017-2018 sur le P.C.T- Plan Climat Territorial

C’est le second plan climat territorial lancé par l’Agglo de Saint-Brieuc. On ne peut que se réjouir de l’attention prêtée par nos élus à cette question vitale et participer à la réflexion collective. Voici quelques remarques sur la démocratie, les transports, les choix économiques

 

Une telle consultation a besoin d’une démocratie à la hauteur des enjeux

1) le mode de consultation : une réunion de 2h a eu lieu en ateliers à Trégueux le 5 décembre pour une population de plus de 150 000 habitants. Les citoyens connectés pourront s’exprimer en répondant à un questionnaire. Et même une seconde réunion publique sera organisée. Un tel projet doit être construit avec les habitants et les habitantes, les réunions multipliées, les contributions analysées. Pour obtenir l’implication nécessaire de tous à la hauteur des enjeux, cette question doit être l’affaire de tous. La démocratie est un outil indispensable de lutte contre le réchauffement climatique.

 

2)les documents officiels trouvés sur le site de l’agglo révèlent les limites de la consultation :

Les domaines d’intervention prévus dans les doc d’introduction au 1er PCT sont le patrimoine, le fonctionnement , les compétences assurées directement ou déléguées...Dans l’introduction du questionnaire concernant le second PCT, il est question d’impliquer tous les acteurs économiques et c’est tant mieux. Prendre en compte les interactions des systèmes et acteurs concernés est un élément d’efficacité décisif.

Les objectifs sont formulés de façon à ne pouvoir être qu’approuvés : »commande publique : intégrer le critère carbone dans les achats et la communauté publique » qui peut être contre ? mais assez vagues sur leur mise en œuvre…

Les moyens proposés sont : la sensibilisation, des moyens techniques concernant la façon de produire, de consommer… sans changer le système économique, c’est à dire en laissant le pouvoir de décider ce que l’on produit et comment on le produit en grande partie aux intérêts privés.

Le tout dans un cadre financier aussi contraignant « L’idée est que chacun puisse apporter des idées réalisables à budget constant » Michel Hinault dans le n°3 de St-Brieuc Armor Agglo, que contestable : les projets écologiques ne sont pas des coûts mais des investissements qui feront baisser le coût de la pollution en € mais aussi en termes de santé et de qualité de vie. Il s’agit d’un choix de société.

 

3)les propositions  méritent d’être élargies:

  • Les émissions de gaz à effet de serre ne connaissent pas de frontière et il est nécessaire d’étendre les propositions au-delà de l’agglo par la coopération avec d’autres collectivités et l’interpellation des élus nationaux et européens.

  • Les acteurs et éléments des systèmes écologiques, urbains… interagissent et aller au-delà des limites administratives est un gage d’efficacité.

  • Pour construire démocratiquement un plan climat territorial, ne pas se donner d’interdits de penser à-priori. Tendre à l’excellence, c’est bien, encore faut-il penser et agir sans se laisser brider par les multiples lois, normes, règlements élaborés directement ou indirectement par les pollueurs.

 

Voici quelques réflexions et propositions concernant les transports et les choix économiques de l’agglo :

 

Concernant les transports :

Les transports sont un outil d’aménagement du territoire fondamental. Ils sont un secteur où il est possible de limiter l’émission de GES en agissant dans 2 directions

1) réduire les trajets en fréquence et distance :

  • Le maillage du réseau de transport détermine celui du réseau urbain et les équilibres territoriaux. Un maillage serré permet un réseau urbain polycentrique et la vitalité de villes petites et moyennes. La métropolisation, fille de la vitesse, des « mutualisations » et autres concentrations augmentent les déplacements contraints.

  • Le zonage et la périurbanisation stimulent les déplacements contraints : or ce double mouvement continue  dans l’agglo.

  • développer les grandes surfaces et leurs magasins de quartier augmentent les longs trajets aberrants via les politiques des centrales d’achats qui achètent les produits les moins chers.

  • L’élevage industriel et l’exportation aggravent les émissions de GES : 43 % des produits importés au Légué sont destinés à la nourriture animale ; le soja importé d’Amérique nourrira des bestiaux dont la viande, le lait... seront exportés. Sur la zone des Châtelets, presse locale et élus s’extasient sur les emplois créés par l’implantation d’une unité de fabrication de farines animales et l’agrandissement du Légué est présenté comme nécessaire par des « responsables économiques » ; l’orientation économique productrice de GES ne semble pas être remise en question.

2)Choisir les modes de transport les moins polluants Le choix des modes de transport joue aussi sur les émissions de GES , gaz à effet de serre. Favoriser les modes de transport doux , marche, rollers, vélos, transports en commun, train limite les GES. Développer l’automobile, le camion ou l’avion les favorise.

Lorsque les investissements transports priorisent les voies routières, la circulation automobile s'en trouve confortée. Pour améliorer le cadre de vie et favoriser les déplacements doux à St Brieuc , il convient de réduire l'espace consacré à la voiture et d'étendre celui consacré aux piétons et aux cyclistes.

Les rocades destinées à décongestionner le centre amènent une concentration des zones d'activités et des entreprises le long de ces voies, l'augmentation des déplacements automobiles contraints des salariés et des consommateurs. La RN12 est devenue une rue bordée de zones d’activités, dont le trafic ne cesse de croître.

L'augmentation du trafic de marchandises par camion au détriment du rail, sacrifié, l'étalement urbain, des ruptures dans l'espace urbain sont autant d’obstacles pour les transports doux. Il est temps de rompre avec cette dynamique perverse.

3)Les mesures à prendre* :

  • maintenir un réseau de voies secondaires, ne pas faire le forcing sur les lignes à grande vitesse, maintenir les services publics dans les petites villes et les quartiers, prioriser les productions et le commerce locaux et les circuits courts.

  • ralentir, verdir la ville, limiter le bétonnage, repenser l’urbanisation :limiter le zonage, les zones d’activités, les grandes surfaces ... densifier la ville : les maisons mitoyennes sont plus adaptées au transport par bus que les lotissements de petites maisons isolées entourées d’un jardinet.

  • Instaurer un vrai réseau de pistes cyclables sécurisées, éloignées de la circulation automobile. Pour attirer les piétons, permettre cheminements, haltes et façades variées et petits commerces, librairies, ateliers d’artisanat d’art, cafés, restaurants et zone piétonne étendue…

  • Instaurer la gratuité des bus , des parkings relais hors de la ville et des pistes cyclables convergeant vers des arrêts de bus...

  • Relancer le fret ferroviaire, renoncer aux cars longue distance genre cars Macron,

  • Renoncer à l’agrandissement du port et promouvoir la reconversion écologique de l’élevage porcin actuel, lui aussi polluant… cf ci-dessous

 

Concernant les choix économiques :

L’agglo a un rôle économique via les aides et les appuis en accord avec d’autres collectivités.

1)La politique d’attractivité qui consiste à vouloir attirer à tout prix des entreprises qui exercent trop souvent le chantage à l’emploi et des clients solvables dans un contexte de concurrence tous azimuts amène à multiplier les équipements coûteux et émetteurs de GES et pas toujours utiles à l’ensemble de la population. Alors que les bureaux et les logements vides sont nombreux à St Brieuc, on continue à construire en périphérie. Ce n’est pas aux entreprises privées de dicter leurs conditions. Restaurer la maîtrise publique de l’aménagement et du ménagement du territoire en dehors de la concurrence entre territoires est urgent.

2)Agro industrie et agriculture paysanne bio sont-elles compatibles ?

L’agglo soutient le secteur agro-alimentaire industriel, un des fondements de l’économie bretonne , mais aussi un important générateur de G.E.S et autres pollutions

- La « modernisation agricole » impulsée par les pouvoirs publics appuyés par les industries chimiques et mécaniques a encouragé les paysans à augmenter leurs productions et les a conduits dans un engrenage : mécanisation, remembrement, intrants chimiques, dépendance, endettement, concurrence impitoyable… qui a augmenté les productions mais aussi la pollution et a conduit à l’expulsion et aux suicides de paysans, à la mort biologique des sols, et à l’émission de GES (CO2). Modernisation ne veut pas dire progrès !

Elle a déséquilibré l’écosystème : l‘arasement des talus et des haies doublé de l’emploi de pesticides, fongicides, herbicides, ont détruit une partie des oiseaux insectivores, des insectes pollinisateurs, des vers de terre laboureurs, raréfié l’humus qui absorbe le gaz carbonique…

Elle utilise des équipements lourds et énergivores, développe des transports à longue distance, concurrence les agricultures vivrières des pays émergents. L’agriculture dite conventionnelle a atteint ses limites.

-L’agriculture paysanne biologique se passe des produits chimiques de synthèse en utilisant l’environnement naturel (humus, eau, azote de l’air, lumière, minéraux…). Plus résiliente face au réchauffement climatique, elle régénère les sols, produit pour assurer la souveraineté alimentaire, la biodiversité, des produits sains et goûteux, exige de la main d’oeuvre non délocalisable, réduit l’émission des GES et même en capture, réduit la pression sur les pays émergents et limite les transports à longue distance.

 

Localement, en cohérence avec la Région, le département, l’agglo avec les communes , peut en s’appuyant sur ses compétences économiques, faire le choix de soutenir l’agriculture bio et la conversion de l’agriculture conventionnelle en bio, maintenir ses emplois dans les services publics .

Combien va coûter l’éventuel agrandissement du port du Légué ? Quel est le prix de l’attractivité et des équipements destinés à concurrencer ceux de Lorient, Brest, Rennes ? Combien d’argent public est dépensé par l’agglo pour soutenir des entreprises privées ?Pourquoi ne pas réorienter cet argent vers un secteur non délocalisable plus écologique et qui apporte du mieux-vivre à l’ensemble de la population ?

 

Propositions

  • Réserves foncières mises à la disposition de nouveaux agriculteurs bio.

  • Préservation de la S.A.U.

  • Premier type de contrats avec les agriculteurs locaux en bio et en conversion, leur assurant des débouchés sur le long terme et à des prix rémunérateurs. Pour cela, introduire la nourriture 100 % bio et locale dans la restauration collective. Commencer par les écoles de la maternelle au lycée, les enfants étant les plus vulnérables. Toutes les restaurations collectives peuvent être un formidable levier pour enclencher une large conversion au bio Ce que certains considéreront comme un surcoût sera compensé par des gains de santé et de qualité de vie.

  • Second type de contrat avec ces agriculteurs : rémunérer le service d’entretien d’un environnement de qualité et même sa régénération.

  • Aider la conversion au bio de l’agriculture conventionnelle. Cela dépasse sans doute les compétences de l’agglo mais proposer en coopération avec d’autres collectivités des mesures pour faire payer le prix de la pollution, non aux paysans en agriculture conventionnelle qui donnent largement en santé et en argent, mais aux firmes et coopératives agricoles qui n’investissent qu’en fonction des retours sur investissement financiers escomptés.

  • Le choix de l’excellence doit porter sur l’objectif : zéro phyto, zéro OGM, zéro antibio, le cochon sur la paille et la vache dans le pré, des paysans heureux de produire des produits de qualité qui leur permettent de vivre dignement.

     

    Les solutions existent à ces excès de pollution et d’émissions de G.E.S. Elles sont expérimentées avec succès. Jamais dans l’histoire, une volonté politique déterminée n’a été entravée par des raisons financières :sécurité sociale, guerres, mesures sécuritaires, CICE , pour le meilleur ou pour le pire, les ressources financières ont été trouvées. La santé publique, la lutte contre le réchauffement climatique sont une question de survie. Nous sommes tous concernés.

    Danièle Mauduit-

Saint-Brieuc Ensemble Plan Climat Territorial

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