Où va l'école?

Un accueil des élèves en début d’année en chantant », « une seule méthode –scientifique- pour apprendre à lire », « pas forcément contre l’uniforme à l’Ecole »,…Le ministre soigne «  sa com » mais derrière cette communication ministérielle se poursuit une politique très inquiétante de reconfiguraton de l’Ecole amorcée il y a une vingtaine d’années…

Qui s’inquiète encore de voir dans les journaux, le classement des lycées briochins et du département sur des critères plus que contestables ? Et pourtant avec Parcours sup, il se murmure dans Saint Brieuc que les élèves de tel lycée ont leur dossier pour le Supérieur « en bas de la pile » alors que pour tel autre lycée « c’est bon ». Un site internet classe de même les collèges briochins et à chaque rentrée les personnels voient les statistiques des résultats de leur établissement défiler et être comparés à la moyenne départementale et académique….Ainsi va notre École…et son monde qui est devenu celui de la concurrence de tous contre tous, élèves, personnels, établissements…

Au XX ème siècle l’Ecole s’est très progressivement bâtie sur un projet politique cohérent : L’Ecole unique devait être la structure de l’édifice , mettant ainsi fin au double réseau de scolarisation mis en place au XIXème siècle avec d’un côté les enfants de la bourgeoisie qui fréquentaient « le petit lycée », de l’autre celui  des classes laborieuses qui s’arrêtaient au certificat d’Etudes »voire aux écoles primaires supérieures. Les contenus d’enseignement devaient aboutir à une vaste culture générale intégrant « humanités » et sciences et les méthodes pédagogiques devaient reposer, en théorie du moins, sur l’observation, les expériences, les activités des élèves. Dans les années 60 et 70 le modèle est fortement contesté par la jeunesse scolarisée mais n’est pas fondamentalement remis en cause comme il l’est aujourd’hui par les libéraux qui lui ont substitué un autre projet : L’école doit fonctionner comme une entreprise pour être efficace et mieux s’adapter aux exigences d'une société de compétition mondialisée dans laquelle le culte de la performance économique devient la norme de tout comportement social . Il faut mieux organiser la rentabilité des savoirs, valoriser la compétence et la performance individuelle grâce à la concurrence des talents et des mérites. Pour cela la structure efficiente est désormais le « local » incarné par des chefs d’établissement aux pouvoirs confortés. Les contenus d'enseignement doivent être transformés en compétences transférables dans l'univers productif, la pédagogie doit reposer sur la prise en considération individuelle et différenciée du « capital humain » des enfants et des jeunes qu’il faut faire fructifier. Pour « casser » ce service public, il faut s’appuyer, comme cela s’est passé ailleurs à la poste et dans l’énergie, à travers les contre-réformes mises en œuvre, sur l’encadrement, les recteurs, les directions départementales ainsi que les chefs d’établissement et les inspecteurs pédagogiques dévoués et soumis au pouvoir central.

Dans ce type d’Ecole, des élèves qui présentent des lenteurs ou des retards dans le rythme d’acquisition des connaissances et des compétences peuvent très vite se retrouver face à des obstacles importants. Les 1ers « décrocheurs » auront le droit à un vague socle de compétences et de connaissances utile aux employeurs tandis que tous les autres seront distribués, soit dans les lycées professionnels désormais aux mains des conseils régionaux et du patronat local qui exige une main d’œuvre immédiatement utilisable, soit dans les lycées technologiques et généraux théoriquement égaux entre eux, certains étant plus égaux que d’autres au regard de la machine à trier que représente désormais Parcours Sup.

Exacerbation de l’orientation par l’échec, distribution inégale des jeunes au sein des différents niveaux de formation, ouvrant soit aux métiers les plus déqualifiés pour une grande partie des jeunes de milieu populaire, soit aux métiers les plus qualifiés et internationalisés pour les jeunes issus des classes dominantes, voici ce qui caractérise l’Ecole actuelle. Et la logique libérale qui généralise la concurrence est impitoyable : En dressant chacun contre tous, elle crée chez celui ou celle qui échoue une dévalorisation de soi, une sorte d’intériorisation de l’échec scolaire vécu comme un échec personnel, profond ressort pour l’acceptation plus tard, une fois adulte, de « la domination quotidienne ordinaire ».

Pour toutes celles et tous ceux –citoyen-ne-s, structures associatives, syndicales, mouvements politiques- qui ont à cœur d’agir pour une émancipation individuelle et collective, le défi est immense.

Le retour prôné par certains à « une Ecole de la République qui instruirait réellement » est sans doute utile. A condition toutefois de préciser de quelle république on parle, quelle république on veut inventer. Sinon le risque est de se réfugier dans un passéisme nostalgique oublieux du caractère sélectif, élitiste, sexiste et colonialiste de l’Ecole d’antan 

Sans esquiver les débats nécessaires, on peut penser qu’une Ecole émancipatrice et pour la réussite de toutes et tous les élèves, fruit d'une élaboration et d'une mise en œuvre collective, agira selon plusieurs axes: Ce sera une école commune construite sur la base d’un tronc commun de culture générale et polytechnique ,portant la scolarité obligatoire à 18ans. Ce sera une école qui en aura fini avec toute forme de concurrence, de classement, de hiérarchisation ou d’orientation anticipée des élèves, une Ecole dont les contenus auront été repensés pour répondre aux défis du temps présent, une Ecole où les méthodes d’enseignement ouvriront la voie à la coopération, à l’entraide et à la solidarité.

Au cours du 20 ème siècle, les mouvements sociaux des classes populaires, de la jeunesse scolarisée et plus récemment le mouvement féministe ont su modifier, bousculer et parfois bouleverser l’institution scolaire. Il n’y a pas de raison qu’ils n’y parviennent pas de nouveau à l’orée du 21ème siècle.

Théo ALLAIN

Juin 2018

 

 

 

 

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