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Argentine: en direct de notre envoyée spéciale...

le 8 mars, corruption, mort de C Mennem...

- le 8 mars, la journée des femmes dans la rue. 40000 personnes dans la rue, mobilisées sur les féminicides. Discriminations et violences faites aux femmes, dénoncées et liées au refus de la société patriarcale argentine. La pandémie a cependant retenu beaucoup de personnes chez elle par crainte de contamination. Ne sont pas venues non plus les Péronistes, considérant que les revendications étaient trop dirigées contre le gouvernement actuel péroniste, accusé de lancer des "plans" qui ont peu d'effet  " Solo se aumento la burocracia"!! D'autres pensent appeler à la création d'un mouvement politique !

A ces revendications s'ajoutent l'égalité économique, salariale, contre la triple journée de travail." le succès de la loi sur l'avortement n'a pas non plus été un des mots d'ordre essentiel". C'est vraiment la lutte contre les violences qui a fait l'unanimité. Il y eut aussi une coordination de football féminine opposée à la mise en retraite forcee des joueuses dès 30 ans! Et pour finir le cortège : une impressionnante installation de portraits geants de femmes portés par elles mêmes et scandant" la proxima soy yo"( la prochaine fois, ce sera moi).  

Dans la rue, j'ai rencontré des femmes avec un foulard vert autour du poignet ou du sac. Le mien est encore noué à la poussette...

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Le foulard vert, inspiré du foulard blanc des mères, puis des grand-mères de mai portés par ces femmes argentines à la recherche de leur enfant volé à la naissance pour être "offert" aux familles du régime fasciste sans enfants (1976-1983). Elles se rassemblaient tous les jeudis devant le palais presidentiel, la casa rosada. 

Fin 2019, 129 des enfants sur les 500 enfants volés, ont été retrouvés après des années de recherche... 

On estime à 30000 le nombre de morts ou disparus, 15000 fusillés, 9000 prisonniers politiques et 1,5 Mo d'exilés (sur une population de 32Mo à l'époque). 

Aujourd'hui, le foulard vert est le signe de ralliement des femmes soutenant le droit à l'avortement. La personne qui le porte soutient cette lutte mais a aussi l'information pour répondre à toute demande et venir en aide. 

- le 28 février, démission du Ministre de la Santé pour avoir fait vacciner ses copains et sa famille au Ministère sans tenir compte des priorités: personnels de santé, les + 70 ans et les vieux en maison de retraite (Ici, vieux, vieille, grand mère n'est pas péjoratif !). Il a été remplacé par Carla Vizzotti, la femme chargée de négocier avec la Russie.  l'Argentine est une des premiers pays d' Amérique Latine à négocier le vaccin Spoutnik V. Les premiers ont été livrés en decembre. La commande se monte à 25 Mo de vaccins. Sur une population de 45,5 Mo habitants, il a eu 2 Mo de contaminés, 51000 morts. L'arrivée de l'hiver créé des inquiétudes.. Pour l'instant, masque, alcool et distanciation sont de rigueur, pas de confinement (en 2020, il a duré 6 mois!). Les enfants ont repris l'école à mi -temps après une année scolaire entière sans présentiel. 

- le 14 février, la mort de Carlos Menem a 90 ans, président de l' Argentine de 1989 à 1999, celui dont la majorité des Argentine ne veut plus prononcer le nom, considéré, à juste titre comme responsable de la crise économique, financière et sociale du pays en 2001.

Né en 1930, il a été élu pour 2 mandats successifs. D'abord sénateur dans le Nord, écarté pendant le dictature ( 76- 83 ), partisan de Juan Peron, mais il a également  amnistié les généraux condamnés pour crime commis pendant la dictature. Il arrive au pouvoir après une grave crise économique suite aux politiques libérales des années de la dictature et de la présidence de Raul Alfonsi, radical. 

Présenté comme le messie, il a été élu président : despote, frivole, corrompu, arriviste... Fils d'exilés syriens, il se convertit au catholicisme pour être accepté. Prend parti pour le libéralisme  et les USA après la chute du Mur, et "entretient une relation charnelle" avec les USA lit-on dans les journaux. A trempé dans des affaires jamais élucidées : vente d'armes à l'Iran, le "yomate" du nom de son beau-frère Amira Yoma, pots-de-vin de IBM à la banque nationale d'Argentine, mort de journalistes opposants... 

Pour " moderniser" le pays il a lancé" la révolution productive" avec les privatisations à tout va , ouvert grandes les portes du pays au commerce extérieur ( participe à la création du MERCOSUR), fait appel  aux économistes de l'école de Chicago... On lui doit aussi la révolution technologique des campagnes ( augmentation de la production de 50% en 10ans) avec les conséquences qu'on connaît aujourd'hui. C'est ausi "grâce" à lui que sont arrivés en Argentine les entreprises Carrefour et Total ! Carrefour possède le plus grand hyper de Buenos Aires, quant à Total, il est autorisé à extraire le gaz de schiste en Patagonie...

Et deux attentats jamais élucidés contre l'ambassade d'Israël en 1992 qui fit 22 morts et l'attentat contre l'AMIA ( association mutuelle israélite Argentine) qui fit 85 victimes en 1994.  A ajouter, en 1995, l'explosion d'une usine de munitions près de Cordoba, tuant 7 personnes et en blessant 300 autres, Menem fut soupçonné d'avoir organisé cette explosion pour cacher le matériel militaire détourné et prévu pour la vente en Croatie et en Équateur!   Autre énigme : la disparition de son fils dans un accident d'hélicoptère!

Et en parallèle sa frivolité et son besoin de  reconnaissance étaient sans limite : voitures de luxe, voyages, s'afficher avec les plus grands à la une de journaux people : rencontrer la reine d'Angleterre après avoir soutenu l'Argentine lors de la guerre des Malouines, danser le tango avec Mme Clinton, jouer au foot avec Maradona, monter sur scène avec les Rolling Stones...Seconde famille cachée au public...

Le bilan de ces années de présidence : " Menem a enrichi les riches, entretenu de grandes fortunes sans créer de richesses pour le pays, ils se sont appropriés le gaz, l'électricité, les transports, les aéroports, l'Etat a privatisé pour convertir le citoyen en esclave" dit Julio Barbaro, historien et ex-secrétaire de la culture de Menem.

Quant à définir le peronisme, le débat va durer aussi longtemps que durera l'Argentine!


Odile Cholet 16/02/2021

Odile, militante briochine d'Ensemble! est depuis 2 mois en Argentine. Elle nous en offre une chronique politique:

Argentine femmes

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