La "gauche" est morte. Vive la gauche ! (par C. Autain)

cerise1.jpgPlus d’une heure ennuyeuse et sans surprises : l’exercice télévisé de François Hollande ne laissera pas grande trace dans l’histoire. Le Président a récité son bréviaire de compétitivité et renouvelé son vœu pieu de croissance, loin des urgences des Français et des valeurs de gauche. Un exercice de "pédagogie", avait annoncé ses proches, comme si le problème venait d’une incompréhension à l’égard de ce que fabrique - ou ne fabrique pas - le gouvernement.
La réalité, c’est que le cercle infernal de la récession et des inégalités est en marche. 

Et que rester dans les clous de cette Europe néolibérale nous mène droit dans le mur. Les Grecs ont testé pour nous : après neuf plans de rigueur, c’est le chaos. Les Chypriotes viennent d’expérimenter âprement l’ineptie du fonctionnement européen face à l’emprise de la finance. Et pourtant, à écouter Hollande, on ne change pas une équipe qui perd, on ne bouge pas une ligne politique qui échoue. Non seulement aucun changement de cap n’a été annoncé, mais quelques annonces ont enfoncé le clou de la rigueur et confirmé le chemin de la baisse des droits et protections.

Alors que l’idée ne figurait pas parmi les propositions du candidat Hollande, l’allongement de la durée de cotisations sur les retraites est désormais au programme. Sarkozy en a rêvé, la "gauche" le fera. Comme l’Accord National Interprofessionnel, dont le Président a prévenu : l’adoption au Parlement se fera sous surveillance des "partenaires sociaux". Il n’y aura pas, a-t-il affirmé, d’amendements adoptés sans l’aval de la CFDT et du MEDEF ! Vu ce que ces syndicats représentent, voyez l’exercice de démocratie… pour au final servir les intérêts du patronat.

Les écolos en ont pris pour leur grade tant leurs fondamentaux ont été entamés par Hollande dont le maître mot, déjà, chatouille leurs oreilles : la croissance. Il leur faut, entre autres, avaler l’éloge de l’arme nucléaire et l’inamovibilité du budget de la défense. Tout acteur ou spectateur de gauche avait de quoi s’évanouir, cherchant en vain un mot de gauche. Ainsi a-t-il lâché, rappelant la formule malheureuse du candidat Jospin : « Je ne suis pas ou plus un Président socialiste ». Les vocables de la justice et de l’égalité, et même celui de la compassion à l’égard des vaincus du système, sont restés introuvables. Mais Hollande a su trouver les mots pour les plus riches qui ont déjà versé un lourd tribut. La "gauche" est morte. Vive la gauche !

Clémentine Autain, 28 mars 2013

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