Les fausses leçons de Villeneuve-sur-Lot

regards.jpgPar Roger Martelli.   Ce dimanche, lors des élections partielles de Villeneuve-sur-lot, le candidat UMP, Jean-Louis Costes a battu le FN avec 53,76% des voix. De là à en conclure que la solution d’un front républicain constitue l’unique rempart contre le FN, il n’y a qu’un pas…qu’il ne faut pas franchir.
Le Front républicain n’a pas fait pas recette à Villeneuve-sur Lot. L’UMP a battu le FN au second tour, mais près de 15 % des votants ont déposé un bulletin blanc ou nul. Ce niveau élevé d’électeurs faisant le geste de ne pas choisir est le fruit d’une radicalisation de la droite.

Depuis un an, elle fait tant de cadeaux symboliques à l’extrême droite, qu’elle ne peut espérer apparaître comme le meilleur rempart, même par défaut. Les leaders de la droite classique ne peuvent pas défiler avec les amis de Marine Le Pen un dimanche et, le dimanche suivant, appeler droite et gauche à se rassembler contre le FN.

Comment contrer la montée du Front ? La droite est confrontée à un dilemme : doit-elle s’en démarquer ou rivaliser. La situation n’est pas plus simple à gauche. Le Front républicain y est une réponse fréquemment évoquée. Mais on sait désormais qu’il nourrit la confusion de la droite et de la gauche. Il démobilise donc la gauche et stimule le transfert de l’électorat déçu vers la solution extrême. Solution alternative : refuser le clivage droite-gauche et s’installer en dehors du « système ». Ce serait, au fond, l’équivalent à gauche de la posture à droite du Front national. Il y a fort à parier que cette voie conduirait au désastre.

Historiquement, le refus du clivage gauche/droite a toujours marché à l’extrémité de la droite ; il n’a jamais créé de dynamique politique à gauche. Vouloir sortir du système revient à attiser le ressentiment, des « petits » contre les « gros » ou du « haut » contre le « bas ». Le ressentiment, c’est la colère des désespérés ; c’est tout ce qui reste, quand on ne croit plus à une société de justice et de liberté. Sortir du système, au lieu de le contester et de le subvertir, c’est renoncer à l’espérance et au partage ; qu’on le veuille ou non, c’est renoncer à la République, et donc s’abandonner aux despotes, ceux du pouvoir ou ceux de l’argent.

Faut-il donc s’ancrer à gauche et, pour assurer une présence de la gauche au second tour, faut-il se résoudre à l’union de toute la gauche au premier tour ? C’est LA fausse bonne idée… Si la gauche perd, ce n’est pas parce qu’elle est plurielle, mais parce qu’elle ne donne plus d’espérance. Or la base de la désespérance, c’est l’idée selon laquelle on ne peut pas grand-chose face aux contraintes présumées de l’économie, aux lois d’airain de la concurrence sur les marchés. La désespérance commence quand on se met à accepter les inégalités pour peu qu’elles ne soient pas « exagérées », quand on prône la « gouvernance » parce que l’on ne croit plus à la possibilité de gouverner, quand on préfère l’ordre réputé « juste » au partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

Pour retrouver l’espérance, il n’est pas de voie plus courte que de restaurer la gauche dans ses valeurs fondamentales. Non pas la répéter dans ses mots et ses formes d’hier, mais la continuer en la transformant, en cultivant ce qui a fait sa force, en corrigeant ce qui l’a fourvoyée. Or l’erreur la plus grave est celle qui s’est amorcée, voilà un peu plus de trente ans, quand le premier gouvernement de gauche de la Ve République a fait le choix de la rigueur et de l’austérité. Ni Front républicain ni union de la gauche à l’ancienne. Seule une gauche transformée saura faire la preuve de son dynamisme et de son pouvoir d’attraction. Et alors, la droite, toute la droite, aura du souci à se faire…

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