Hollande : changer d’image sans changer de politique

politis.gifAu cours d’une conférence de presse de 2 heures 30, François Hollande a tenté transformer en volonté politique ce qui lui est en réalité imposé par la Commission européenne.
François Hollande s’est livré, jeudi, à un difficile exercice d’équilibriste qui pourrait se résumer ainsi : comment changer d’image, sans changer de politique. Il a assez habilement commencé un long plaidoyer pro domo par le Mali. Les dossiers internationaux, censés faire consensus dans l’opinion, allant à rebours, selon lui, du reproche de faiblesse qui lui est généralement adressé. Il a vanté son « esprit de décision ». La démonstration est devenue beaucoup plus laborieuse lorsqu’il a abordé la question européenne. « Je voulais faire bouger les lignes en Europe, a-t-il affirmé, les lignes ont bougé ».

Le tour de passe-passe a consisté à transformer en volonté politique ce qui lui est en réalité imposé par la Commission européenne. Les deux années supplémentaires accordées par Bruxelles pour réduire les déficits ? « Ce résultat, je le revendique », a-t-il dit avant d’ajouter, bravache : « La commission a commencé à comprendre ».

Il s’est efforcé de présenter les exigences de Bruxelles comme autant de décisions souveraines de la France. Par bonheur, la France voulait ce que Bruxelles veut… Pour convaincre, François Hollande n’a pas hésité à se positionner comme le leader d’une « offensive européenne » : « Mon devoir, c’est de sortir l’Europe de sa langueur », appelant notamment de ses vœux une harmonisation fiscale européenne et un plan de lutte contre la fraude fiscale. Serpents de mer qui posent en vérité tous les problèmes de l’Europe.

Le président n’a fait ensuite que recycler sa politique d’austérité : réforme des retraites, baisse du coût du travail… Airs connus. L’habileté consistant ici à présenter la vieille politique comme « l’offensive de l’An II ». « An 1 », « An II », se sont d’ailleurs les seules références consenties à la Révolution… Mais en renfort de la grande offensive, François Hollande a paradoxalement utilisé des arguments archi rebattus et même très poussiéreux. Cela a été particulièrement spectaculaire sur la question la plus névralgique sur laquelle il a même laissé planer la menace d’un nouveau report du départ de l’âge de la retraite. « C’est un principe d’évidence, a-t-il dit, dès lors que l’on vit plus longtemps, il faut travailler un peu plus longtemps ». Du mot à mot de l’argumentaire de fausse évidence de la droite et du Medef.

Au total, la gauche, comme la grande majorité de ses électeurs de mai 2012, n’aura pas trouvé le moindre espoir d’inflexion dans ce discours. De façon très symptomatique, François Hollande s’est même dit clairement défavorable à la loi d’amnistie sociale, allant jusqu’à comparer des violences mineures commises par des salariés victimes de licenciements avec les « violences du Trocadéro », renonçant ainsi à toute grille de lecture sociale. Deux heures quarante de confirmation : éloge du Premier ministre, de ses collègues de l’Intérieur, de la Justice, et même, plus discrètement, de Pierre Moscovici. Confirmation de toute une politique. Et même confirmation d’un pronostic ô combien hasardeux d’inversion de la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année. Avec toutefois une toute petite nuance : « L’inversion de la courbe du chômage, a-t-il affirmé, je m’y tiens. C’est la feuille de route du gouvernement ». Avant d’ajouter : « Je réédite devant vous que la courbe du chômage « peut » s’inverser ». Ecouter la différence…

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