Rallye Dakar : 35 ans... ça suffit !

altComme chaque début d’année, France Télévision fait une place totalement inutile au rallye Dakar. A grands coups de directs, reportages, interviews, cet évènement sportif fera ainsi l’objet d’un traitement particulier qui ne peut qu’interroger au regard de son impact écologique.

En quinze jours à peine, quelques 575 véhicules vont ainsi sillonner les routes, pistes et déserts de l’Argentine, de la Bolivie et du Chili. Avec une étonnante mansuétude, le groupe audiovisuel public érigera en modèle de vertu un rallye qui aura provoqué le décès de plus de 60 personnes, détruit en trois ans 184 sites archéologiques au Chili et qui banalise la vitesse là où il serait nécessaire de rappeler la dangerosité de cette conduite à risque.

Automobiles, quads, motos et camions d’une dizaine de tonnes chacun vont ainsi traverser des sites exceptionnels, contribuant à détruire des espèces, dégrader des milieux menacées. En parcourant au total plus de 4 millions de kilomètres, les concurrents vont gaspiller l’équivalent d’un million de litres de carburant et rejeter directement 15 000 tonnes de CO2.

Alors même que l’industrie automobile traverse une crise sans précédent faute d’avoir su adapter l’automobile à la demande de consommateurs plus sensibles aux économies réalisées grâce à la sobriété énergétique, que le gouvernement se fixe pour ambition de réduire la consommation des véhicules particuliers à moins de 2 l/100 km, n’y-a-t-il pas quelque incongruité à diffuser à des heures de grande écoute, un rallye faisant la part belle à des monstres de puissance détruisant tout sur leur passage ?

Un groupe public responsable ne peut s’affranchir de la nécessaire réflexion sur l’imaginaire véhiculé par ce type de rallye. En effet, à l’heure des crises écologiques, la mise en scène de véhicules énergivores et climaticides en vue de produire un spectacle télévisuel va induire subrepticement un modèle dans lequel la vitesse et la puissance seront la norme et la sobriété l’exception. De fait, alors même que le groupe France Télévision n’a que très peu suivi le débat national sur la transition énergétique, France 2 et France 3 vont largement diffuser une invite implicite à rouler vite et gaspiller fort !

Enfin, la couverture médiatique d’un tel évènement laisse perplexe. Depuis 35 ans, cette course choisit des sites magnifiques pour accueillir un rallye destructeur. Il semble évident que les téléspectateurs de France 2&3 se révolteraient si on leur annonçait que le rallye Dakar passe en forêt de Fontainebleau, dans le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse ou à proximité de la grotte de Lascaux. Pourquoi accepter là-bas ce qu’on refuserait ici ? La domination des pays du Nord sur les pays du Sud est inscrite à l’encre invisible. Elle n’en reste pas moins évidente.

Alors que le groupe France Télévision s’apprête une nouvelle fois à accueillir un véritable publi-reportage à la gloire de véhicules puissants, il est plus que temps de rompre avec des représentations de la réussite qui glorifient une victoire obtenue après avoir détruit les écosystèmes, gaspiller des ressources épuisables, polluer l’environnement...

Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement.

Après 35 ans de trop à promouvoir un spectacle télévisuel à la gloire du cynisme et du gaspillage, il est grand temps, pour France Télévision de tourner la page. L’avenir n’est plus à la promotion de fous du volant se comportant en Mad Max du désert. Gageons que France Télévision saura enfin renoncer aux vieilles ficelles de ce genre de spectacles sportifs anachroniques. En ce début d’année, formulons le vœu qu’une télévision publique de qualité trouvera la moyen d’intéresser les téléspectateurs en lui proposant de la découverte et de l’engagement sans pour autant céder aux facilités de la promotion d’un rallye qui n’aurait, comme tant d’autres, jamais du exister.

Paris Dakar Rally 35 ans

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