Reprendre la terre aux machines

147817 couverture hres 0Reprendre la terre aux machines l'Atelier paysan - manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire -Coll. Anthropocène", Seuil, mai 2021

 

Le temps joue pour nous : les AMAP, la Bio et les circuits courts apparaissent de plus en plus dans les médias comme dans nos assiettes – l’opinion publique est acquise. Si chaque consommateur change ses habitudes alimentaires, si chaque agriculteur se forme à l’agroécologie, alors la victoire est au bout de la fourchette.

 

Ceci est une fable.

 

L’appel à la responsabilité individuelle, ce « chacun doit faire sa part », ne mettra jamais fin au modèle alimentaire industriel et marchand. Celui-ci est une machine à produire artificiellement au moindre coût, une machine à confisquer les savoirs et savoir-faire, à enrichir les industries technologiques, à déshumaniser.

 

Il est temps d’échapper à notre enfermement dans les niches d’un marché alimentaire réservé aux classes aisées et de reprendre entièrement la terre aux machines. Ce manifeste propose de sérieuses pistes de rupture.

 

L’Atelier Paysan accompagne la conception et le colportage des technologies paysannes. Les auteurs, paysans, syndicalistes et militants, sociétaires de la coopérative, font le constat que les alternatives paysannes, aussi incroyablement riches soient-elles, s’avèrent totalement inoffensives face au complexe agro-industriel, plus prédateur que jamais. (4e de couverture).

 

Notes:

Malgré les progrès et les actions individuelles en faveur de l’agriculture paysanne bio, l’agriculture industrielle poursuit ses ravages sociaux et écologiques et s’étend tel un rouleau compresseur.

L’agriculture est devenue une variable d’ajustement et les bas prix agricoles sont un des supports du développement industriel.

Il n’y aura pas de changement agricole sans un coup d’arrêt à la paupérisation de dizaines de millions de citoyens et il ne sera possible de faire respecter le droit à l’alimentation sans lutte pour la généralisation de l’agriculture paysanne.

Or, la part de l’alimentation dans le budget des familles est passée de 23,6% en 1960 à 12,4 en 2013 et environ 70% des revenus des agriculteurs sont constitués par des aides nationales et européennes. Même après subventions, 14% de paysans ne dégagent pas de revenus.

D’où la proposition du concept d’autonomie, subversif: la démocratie effective, de participation active et égalitaire à l’élaboration des règles de vie commune y compris en matière d’économie; d’autolimitation des individus et de la collectivité.

Parler d’autonomie paysanne et alimentaire, c’est affirmer l’exigence de la délibération politique et populaire dans la production de l’alimentation, dans les choix technologiques en agriculture, dans la répartition de la terre à celles et ceux qui la travaillent, dans la distribution de la nourriture à tous. C’est introduire la nécessité d’une réflexion collective sur les besoins et les moyens à mettre en oeuvre pour les satisfaire dans un monde limité.

 

Livre en 5 grandes parties:

1- rôle de la mécanisation

2-les facteurs qui dynamisent l’agriculture industrielle :le traités de libre-échange, la puissance des groupes de l’industrie agro- alimentaires, la FNSEA, les normes.

3-les technologies agricoles: arme de destruction massive de de l’agriculture paysanne.

4-l’impuissance du bouillonement des alternatives à ébranler le complexe agro-industriel et son mode de production.

5-la nécessité de repolitiser le mouvement pour l’agriculture paysanne:

* agir contre la concurrence pour que les prix des produits importés ne soient pas inférieurs aux prix de revient des productions locales.

* socialiser l’alimentation par la sécurité sociale alimentaire

* enclencher la désescalade technologique en agriculture.

 

1-L’agriculture industrielle : un monstre mécanique, qui a confisqué la terre aux humains

La mécanisation porte l’élimination des travailleurs de la terre. Son imaginaire repose sur leur mépris. La mécanisation permet des gains de productivité du capitalisme justifiés par un déclassement idéologique de l’agriculture, en tant que secteur productif. S’y ajoute le fantasme de se débarrasser de la nécessité matérielle et de la souffrance.
La servitude dénoncée par les tenants de l’agriculture industrielle est celle logée dans les nécessités naturelles : traite des vaches mais pas celle qui est logée dans les rapports sociaux, les rapports avec les banques, ou la difficulté d’accès à la terre. Le mépris à l’égard du paysan et à sa proximité avec les animaux, de ce paysan à transformer en exploitant manager, justifie l’industrialisation et toutes les servitudes qui lui sont imposées au nom de la modernisation, ce mépris s’apparente à une forme de racisme.

 

En 1946, le plan Monnet place le machinisme agricole parmi les 6 industries de base prioritaires pour recevoir un soutien économique. Ce choix s’accompagna d’une mutation culturelle rapide appuyée par “l’élite” paysanne sociale chrétienne qui crée les premiers Centres d’Etudes Techniques Agricoles relayant les demandes du plan Marshall. Le tracteur devient un marqueur de réussite qui masque le prix à payer : la transformation de l’agriculture en une industrie extractiviste, pourvoyeuse de matières premières et débouché majeur pour les industries pétrochimiques.

La modernisation permet des gains de productivité capables de faire baisser les prix et de libérer du pouvoir d’achat, utilisable comme débouché dans le secteur industriel.
L’engrenage du système capitaliste pousse à l’augmentation de la taille des exploitations, au remembrement et à la baisse du nombre de paysans, liquidés, victimes d’endettement…

La mécanisation engendre aussi la spécialisation des cultures et des élevages, l’appauvrissement de la bio diversité. L’intégration dans des filières organise le vol de la valeur ajoutée.

Les résistances n’empêchent pas la baisse de la population active agricole.

1851: 14,3M – 65% / PA , 1946 : 7,4 M – 36% / PA – 1954 ; 5,1M – 1962 : 3,8 M,

1968 : 3M – 15% PA , 1982 : 1,6M d’exploitants agricoles – 7,1% / PA 1993: 950 000 -3,5% / PA

2 000 :638 000 , 2,6% / PA– 2019 : 400 000 – 1,5% de la PA.

Ni la disparition des exploitations 1955 : 2 307 000 – 2016 : 440 000.

La modernisation est une course sans fin et infernale : l’endettement implique des remboursements qui nécessitent d’augmenter les productions … et les investissements… et les emprunts… L’isolement social des paysans les laisse trop souvent désarmés face à un environnement qui se nourrit de cette modernisation dévorante.

Cette mécanisation est devenue très énergivore et émettrice de GES. De 1959 à 1973, le doublement du rendement à l’ha a nécessité le recours à 3 fois plus d’énergie fossile, pendant que la valeur ajoutée créée par l’agriculture n’avait augmenté que de 11% .

Le taux de retour énergétique ( rapport entre l’énergie récupérée par l’activité de production et l’énergie qu’il a fallu fournir) est en baisse. S’y ajoutent les dépenses d’énergie pour la production de machines, d’engrais, de pesticides, celles des IAA, des transports de nourriture et des professionnels de la restauration.

=>Le qualificatif de productivisme est en trompe l’oeil.

 

L’industrialisation de l’agriculture contribue aussi à la dégradation des sols transformés en substrats inertes, à la pollution, à la baisse de la biodiversité, à des maladies professionnelles et/ou liées à la malbouffe: de nombreuses maladies chroniques sont issues de l’alimentation industrielle : des produits ultra transformés destinés aux couches populaires, tandis que la nourriture de qualité est réservée aux plus aisés. L’alimentation est devenue un marqueur de classe.

26 millions de Français ne peuvent manger ce qu’ils voudraient manger et l’aide alimentaire explose: 8 millions de personnes y ont eu recours en 2020.

=>L’agriculture industrielle ne nourrit pas la population.

 

2- Les ingrédients du verrouillage.

Pourquoi l’agriculture et l’alimentation industrielle perdurent-elles alors qu’elles posent de tels problèmes? C’est un choix de société: comprimer le coût social apparent de l’alimentation. Traités de Libre Echange – PAC et concurrence y contribuent largement.

Au début de la PAC, la France était une grande puissance agro-exportatrice. Dans les années 80, le Portugal, l’Espagne et la Grèce nouveaux membres concurrencent les producteurs de fruits et légumes. Or l’art 153 du Traité d e Lisbonne interdit l’harmonisation sociale et considère que l’exploitation des travailleurs n’est pas une distorsion de commerce mais un avantage comparatif., un élément de compétitivité. Dans ce contexte de concurrence, la baisse tendancielle des prix des produits agricoles non transformés, sans la valeur ajoutée par une transformation industrielle, il faudra augmenter les rendements et la productivité donc l’exploitation du travail portée par la galaxie FNSEA.

Les aides de la PAC doivent faire baisser les prix à la consommation dans les pays industriels;

-primes à l’ha qui poussent à l’agrandissement et à la fuite en avant dans haute technologie.

En 2020, la commission européenne travaille sur un plan d’aides à l’agro-investissement de 10 milliards.

- le second pilier finance les dégâts du premier via les MAE mesures agro environnementales.

 

Le piège du statut: la fabrique d’exploitants agricoles comme “indépendants” prolétarisés, endettés et administrés. Le complexe agro-industriel provoque une asymétire entre les agriculteurs et les mastodontes de l’Agro-Industrie, des producteurs de matériel agricole, des semenciers… De gros groupes Sofiprotéol/Avril reçoivent des aides publiques (diester- méthanisation…)

La FNSEA, unificateur symbolique de la profession est le paravent du complexe agro-industriel. Omniprésente dans la SAFER, les banques, les assurances ( Groupama), la MSA, la presse agricole, les agences de l’eau, les organismes de formation, la recherche dite publique, le CESE, le Haut conseil aux biotechnologies...Elle exerce une emprise financière, idéologique et morale de “lobby” poussant les “agriculteurs historiques” à s”identifier à ce qui les détruit et à adopter un réflexe identitaire, blocage culturel au changement.

 

Ce morcellement sociologique et culturel de l’agriculture est à l’image du morcellement de notre alimentation. La bio produit le segment supérieur de l’alimentation. Or, elle s’est développée en résistance en se passant des politiques publiques, répandant l’idée d’un “consommateur” qui détiendrait la clé de la transformation de l’agriculture, et disposant déjà d’un choix… Ce qui n’empêche pas le hard discount (Aldi) et le recours subi et massif à l’aide alimentaire.

 

Les machines bureaucratiques à normaliser et déréguler

Le puçage et les normes contraignent à l’idustrialisation.

La dégradation écologique et les scandales sanitaires servent de prétexte à imposer des normes industrielles et inappropriées aux paysans. Par contre, les IAA veulent démanteler les normes qui les gênent.

 

3- la machine agricole, verrou technologique.

Si l’agriculture industrielle se camouffle derrière un paravent marketing, le machinisme s’expose avec arrogance: youtube, jeux vidéos, salon de Villepinte… Dans le système d’enseignement et de formation, il n’y a pas de réflexion sur les enjeux de la mécanisation, même pas à la FNAB, Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique. Il existe un consensus par la technicisation : recherche fondamentale et recherche appliquée pour faire de l’ancien paysan un technicien gestionnaire de ses intrants entretenu par un marketing agressif et varié... La technologie n’est pas neutre: elle exige de gros moyens de capitaux et de l’Etat qui placent les agriculteurs dans une situation de dépendance. Le progrès technologique est devenu un moyen d’accumulation des capitaux via une division du travail sans précédent qui rend impossible son orientation vers l’intérêt général.

La technique est l’ensemble des procédés et des pratiques propres à une société humaine. L’outil peut être facilement maîtrisé par son utilisateur (production, réparation, utilisation…)

La technologie est une technique qui repose sur un savoir scientifique et dont l’effet est ainsi démultiplié. Ces technologies agricoles anciennes ou récentes sont fabriquées par quelques multinationales : toutes les fermes intégrées aux filières agro-industrielles doivent les adopter sous peine de disparaître. Elles conditionnent l’organisation productive au-delà de leur simple usage: : ex la planteuse à salades : préparation des planches de culture, des plants sélectionnés et maintien de la monoculture plusieurs années jusqu’à l’amortissement de la machine. D’où l’appauvrissement du sol, la fragilisation des cultures, la nécessité d’employer plus d’engrais et de pesticides…

Le tracteur a soif de pétrole, de GPS. Les pesticides ont soif d’outils de production. Le smartphone a soif d’applications. Les applications et autres logiciels ont soif de capteurs et de puces RFID pour leur fournir des données.

 

Les technologies paysannes sont plus souples, plus diverses. Maîtrisables par les paysans, elles répondent à leurs besoins et permettent la diversité des cultures. Cette innovation par l’usage implique de fait une vie sociale renforcée: réfléchir et faire ensemble, mettre en commun sous licence libre. Sans brevet pour que les humains puissent travailler la terre eux-mêmes.

Maîtrisable, elle facilite la démocratie et permet l’autonomie paysanne ; contrairement à la dépossession des paysans quand ils sont remplacés par les robots, les algoryhtmes, des machines, des hangars bardés d’électronique. Le tout électronique est porté par les start up : tracteur sans pilote… intégration de plus en plus poussée : suite d’un processus où la tâche du pilote est déjà réduite au contrôle de routines préprogrammées qui vise à faire passer la population agricole de 400 000 à 200 000 . La loi Macron de 2015 est responsable d’obsolescence programmée des machines, de fuite en avant technologique, d’assèchement des caisses de la sécurité sociale et garantit les profits colossaux des constructeurs.

 

L’usage des pesticides, obligatoire avec l’agriculture industrielle, provoque des conflits avec les riverains qui débouchent sur la généralisation de chartes de coexistence instaurant des zones de non traitement. Le gouvernement déplace ainsi le conflit vers un affrontement : agriculteurs – reste de la population. Des conflis locaux sans mettre en cause le système : les traités de libre échange. Alors que la seule réduction des pesticides n’est pas une garantie pour la santé, l’Etat investit 30 Mns € pour financer la pulvérisation high tech et entend réduire un problème politique à un problème technique.

Cette agriculture de précision est un foutage de gueule phénoménal qui nécessite un matériel très polluant au coeur de la catstrophe écologique.

 

4-L’agriculture paysanne, un ensemble d’alternatives indispensables mais inoffensives.

Sans transformation sociale d’ensemble, impuissantes face à l’agrobusiness, les modes de production alternatifs ne contribuent-il pas à la persistance du système agro-industriel? La multiplication des stages de l’Atelier Paysan, n’a pas détourné beaucoup de paysans de la surmécanisation. Terre de liens en 20 ans a sauvé 223 fermes sur 6 400 ha quand chaque semaine disparaissent 200 à 260 fermes.
Les AMAP comptent 250 000 adhérents sur 70 millions d’habitants.

L’essor de la bio n’empêche ni l’utilisation croissante des pesticides, ni la capitalisation, ni la concentration foncière, ni la baisse du nombre d’exploitations. Si elle ne fait pas tâche d’huile, elle peut laisser penser qu’elle laisse le choix aux consommateurs.

L’agriculture bio paysanne s’est souciée d’une offre de qualité mais adaptée à des niches de population aisée. Or il est indispensable d’élargir la demande en produits bio, car la concurrence est mortifère.

Les bas prix et la concurrence sous la pression du complexe agro-industrel rendent impossible la suppression des pesticides en raison des coûts de production et du surcroît de travail que l’agro industrie ne veut pas payer. En 2020, le gouvernement suspend la suppression de néonicotinoïdes: en 2017, la libéralisation totale du marché du sucre avait provoqué une baisse des prix rendant insupportable aux betteraviers, la perte d’une part de leur récolte (inévitable avec le système de quasi monoculture).

La concurrence empêche tout changement radical. D’où la nécessité de propositions systémiques :

=>sortir des logiques de labellisation et de cahiers des charges, pour sortir de la compétition sur les prix en tous cas, ne pas s’en contenter – s’opposer à l’introduction de normes sociales dans le cahier des charges - car c’est alors aux consommateurs que revient la responsabilité du respect “des bonnes pratiques sociales, ce qui privatise le combat collectif (p165).

=>Une grande partie de la population reste à l’écart des circuits de production, de distribution et d’information bio. 5-7 millions vivent d’aides alimentaires reposant sur la défiscalisation des dons. 14% des Français mangent du bio chaque jour et plus de 20% sont en insécurité alimentaire : les 2 groupes augmentent.

=>Eviter les clivages entre paysans bio” snobs”, et les autres? La défense économique des niches par les labels est interrogée tandis que sont (ré)affirmées la nécessité de luttes collectives et celle de retrouver le conflit.

 

Le dédain pour la politique va de pair avec les espoirs de voir les expérimentations alter écolos se diffuser dans la société, reprises par des initiatives citoyennes inspirant des politiques publiques: un changement sans conflictualité.s : l’écologie sans conflit par injonction à la responsabilité personnelle, bien intégrée en régime libéral. Travailler sur soi-même, c’est accepter une vision du monde où chacun étant capable d’aller bien, chacun-e est responsible de son sort. Cette éthique colibri est un leurre. .

La bureaucratisation, la perte de sens, la dépolitisation dans le tissu associatif et coopératif (=atelier Paysan- CIVAM) sont associés à l’Appel à Projets (= rétablissement de rapports féodaux?) la gestion est axée sur les résultats – une des bases du New Management Public – a poussé l’ONU à remplacer la lutte contre les inégalités par la lutte contre la pauvreté : quantifiable et qui élimine la question de l’illégitimité des inégalités. Introduite dans le monde de la recherche, le monde associatif, de l’action sociale, de l’éducation populaire pour neutraliser les potentialités politiques des structures socio éducatives; l’appel à projet a un coût élevé en termes de liberté de penser et d’action collective : c’est une mise en tutelle de l’engagement associatif. Il contribue à la diffusion dans le monde associatif des méthodes de gestion du secteur marchand. Il est nécessaire de créer un nouveau rapport de force autour de l’exigence de la démocratie, sinon, il n’aura pas de vie convenable pour tous.

 

5. Contre l’impuissance, des points d’appui pour combattre l’extinction.

Objectif : installer un million de nouveaux agriculteurs. Cela ne se fera qu’avec une énorme mobilisation qui porte son analyse jusqu’à la racine des injustices sociales proposant une alimentation et ses conditions de production en prenant en compte la paysannerie.

Les alternatives sont à considérer comme germes d’un monde nouveau et champs d’expérimentation du traitement démocratique de la conflictualité : rapprochements agriculteurs-consommateurs, tentatives d’auto-organisation, et autres aternatives socialisatrices – régies municipales agricoles. Nous avons à faire le deuil que nos choix personnels puissent changer le monde. La bio doit demander des droits pour les paysans et des revenus dignes pour tous les consommateurs .

Nous avons besoin d’éducation populaire articulée aux combats politiques et syndicaux pour repolitiser, refaire société contre les replis identitaires. Retrouver le plaisir de faire des choses ensemble: asurer la transmission et le partage des connaissances comme dans le mouvement zapatiste au Mexique. Il faut une démarche très ouverte et respectueuse pour convaincre.

Mettre des bornes à la concurrence organisée par le CETA, le Mercosur et autres traités de libre -échange et à l’intérieur de l’UE par le TCE qui garantit la régression sociale et écologique. Instaurer des prix minimum d’entrée. Bien sûr, il faudra changer nos habitudes de consommation: remplacer la recherche de bas prix par des prix qui garantissent des revenus corrects aux paysans.

 

Socialiser l’alimentation via une sécurité sociale alimentaire. Un budget alloué (150 € par personne et par mois) à des citoyens pour une nourriture choisie collectivement et financé par des cositations sociales prélevées sur la plus-value nationale.
Assise sur 3 piliers: universalité – cotisations donnant le pouvoir aux citoyens cotisants – conventionnement des circuits.

Ce dernier nécessite une information sur les conditions de production, de commercialisation et de transformation. Ouvrir la perspective de choix collectifs faits en connaissance de cause. Cette piste va à l’encontre des tendances lourdes (paritarisme- baisse des cotisations…) et nécessitera un combat de classe autour de la plus-value. Il existe un potentiel de luttes solidaires comme le montrent le cabas des champs à Brest et auparavant la coopérative de l’Arsenal qui a survécu jusqu’en 2008.

 

S’opposer au développement de la robotique

Lutter pour la désescalade technologique. Questions à poser: quelle alimentation ? Quelles machines voulons-nous? Cela nécessitera des luttes comparables à celles menées contre les OGM Lancer à l’occasion de la 5 G une campagne propre à celle de la robotique en agriculture contre les technologies de demain et d’hier.

Pour installer un million d’agriculteurs, il faut reprendre la terre aux machines. Contrer les SRAFER qui accompagnent la concentration des terres, contrer la bétonnisation via les implantations commerciales Europacity, NDDL. Organiser le retour de l’artisanat dans les campagnes .

L’alimentation est un bien commun ; personne ne devrait être privé du droit de choisir ce qu’il mange en toute connaissance de cause. Pas de biens communs globaux, car les biens communs impliquent une communauté.

 

Conclusion: liens entre extension du mode de production industriel de l’alimentation et un grand nombre de catastrophes sociales en cours : décimation des agriculteurs et son lot de souffrances, de faillites, de suicides et un vécu identitaire qui aggrave leur isolement et leur vulnérabilité en tant que classe. La perte immense de savoir faire techniques, de qualifications artisanales et de sensibilité paysanne aux sols, aux plantes, aux animaux. Le mauvais état de santé de la population , notamment les plus pauvres et l’insatisfaction voire l’insécurité alimentaire pour les citoyens dont le droit à décider en connaissance de cause de ce qu’ils mangent est bafoué. Sans oublier le sort des travailleurs de l’agro industrie .

Si les alternatives paysannes et agro écologiques sont essentielles, elles restent inoffensives sans un mouvement populaire pour la démocratie alimentaire.

Il convient de désigner ce qui verrouille le système et qui est de moins en moins perceptible dans notre monde qui peine à vivre en société.

Cela passe par une appropriation de la démocratie pour décider collectivement de socialiser l’alimentation : en finir avec le mécanisme infernal de la baisse des prix, des coûts de production, s’engager dans un changement d’échelle – sortir de la logique de libre-échange = rendre à nouveau possible la régulation politique par le choix démocratique, permettre à l’agriculture paysanne de “sortir de la niche”. Peut réussir avec un mouvement social fondé sur une approche collective.

Danièle Mauduit E!22- 2021

Reprendre la terre aux machines l'Atelier paysan - manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire -Coll. Anthropocène", Seuil, mai 2021,  20.00 € TTC,  288 pages

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